Le lendemain. Je suis rentrée, mon père n'est pas là. Je ne sais pas où il est, sûrement au bar. Je me suis bien habillée et maquillée. Les paroles de l'homme d'hier m'ont remises en question et pis la nuit porte conseil. Dès à présent, je vais sortir, rencontrer de nouvelles personnes. Il ne faut pas que je reste dans mon coin. C'est pour ça que je me suis fait belle. Les gens approchent plus facilement une fille qui prend soin d'elle qu'une fille qui se laisse aller. Mais pour l'heure, il est encore trop tôt pour sortir et j'ai pas encore déjeuné.
Je suis sur mon petit tabouret à jouer un morceau mélancolique au piano. Eh oui, j'ai un piano et c'est un peu grâce à ça que je survis. Dans ma chambre, j'ai aussi un lit pourri et une commode pour ranger mes habits, mes produits cosmétiques et mes affaires d'école.
Une larme coule sur ma joue et je l'essuie d'un coup de manche lorsque j'entends la porte d'entrée s'ouvrir. J'arrête de jouer.
*Oh non... pas mon père...*
Je me mets à trembler de tous mes membres.
-T'es sûr que c'est ici ? Tu t'es pas trompé en regardant la ligne d'en dessous par hasard ?
-Mais naann ! Tu perds la mémoire où quoi ? Moi j'me rappelle très bien de la maison.
Le dreadé pose sa main sur la poignée.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Bais j'ouvre la porte.
-Mais ça va pas. La sonnette c'est pas pour les chiens ! *pis ils sont trop petits si c'était pour eux.*
-C'est bien ce que je dis, tu perds la mémoire ! Tu te rappelles quand on était plus jeune ? On rentrait sans prévenir.
-T'as dû rêver mon vieux...
-Eh ! J'suis pas plus vieux que toi !
-Si, t'as oublié ?
Les jumeaux partent dans un fou rire incontrôlable.
-Chut...
Tom presse la poignée et pousse la porte. Ils rentrent en marchant sur la pointe des pieds.
-Y'a quelqu'un ?
Tom et Bill sont dans le salon-cuisine à attendre. Ma voix (c'est tout le moment ! ^^) les fait sursauter. Je me lève du tabouret et m'aventure dans le couloir les mains toutes tremblantes. J'arrive dans la pièce, je suis face à eux. La peur s'évanouit, le soulagement et la surprise m'envahissent. Nous tirons tous les trois d'énormes yeux globuleux étonnés face au changement de l'autre. Mon corps se dépétrifie et je cours me jeter dans les bras de Bill en premier pour l'embrasse sur les joues. Je ne peux m'empêcher de pleurer tellement je suis contente. Tom me tendant ses bras, je m'y réfugie à l'intérieur et lui fait un smack sur la joue. Je me détache de son étreinte.
-Je suis trop heureuse de vous revoir !
-Nous aussi !
-Tu peux remercier Tom, c'est lui qu'a eu l'idée de venir te voir.
J'embrasse Tom sur l'autre joue.
-Je me disais bien que j'avais pas eu mes deux bisous !
On se met à rires.
-Je pensais à vous tout le temps et plus particulièrement hier.
-Nous aussi c'était hier !
-C'est marrant, vous parlez toujours en même temps pour dire la même chose. Vous avez pas changé.
Ils acquiescent de la tête au même moment, je souris. Ca fait du bien de la lumière blanche dans une vie noire.
-Nous sommes tous les trois reliés par télépathie.
-C'est cool !
-J'ai vu un fast-food en arrivant, on pourrait aller y déjeuner et se raconter les dernières nouvelles ?
-Ca tombe bien, j'ai pas encore mangé !
-Alors let's go !
Je prends mon blouson et l'enfile et referme la porte derrière moi en sortant.
-Tu fermes pas à clé ?
-Ah ! euh... mince.
Je retourne dans la maison, cherche les clés et ferme la porte à double tour.
*C'est vrai d'habitude on ne ferme jamais la porte, on trouve ça inutile. Il n'y a rien qui puisse intéresser les voleurs. Il faut que je fasse attention, je ne veux pas leur dévoiler l'histoire avec mon père. Ils ne sont au courant de rien.*